Si tu préfères, voici l’article sous forme audio!

Apprendre à ne pas tout ramener à soi ou l’art d’écouter

Aujourd’hui, j’ai envie de te parler d’un sujet que m’a inspiré, comme souvent, un événement a priori anodin. Je suis certaine que celui-ci fera écho chez bon nombre d’entre vous et je suis impatiente de lire tes commentaires le concernant, que ce soit ci-dessous ou via mails.

C’était un mardi pluvieux, un peu comme aujourd’hui. Ces journées maussades où, même si on dispose d’un moral à toutes épreuves, une envie irrépressible de s’installer confortablement au creux d’un canapé moelleux, armée d’un chocolat chaud régressif et d’un plaid douillet nous titille irrémédiablement… Bien enfoncées dans nos fauteuils, une copine et moi avions répondu à l’appel du cocooning et palabrions gaiement, savourant le bonheur simple d’être bien au chaud malgré les torrents de pluie qui dévalaient à toute vitesse au dehors.

La veille, j’avais réalisé un vision board. Tu sais, un grand panneau sur lequel on colle images et mots qui illustrent ce que nous avons envie de vivre à plus ou moins court terme par exemple.  Impatiente et heureuse, je brûlais d’envie de le partager et d’exprimer tout ce qui avait émergé en moi durant cet exercice. Je sentais mes cellules pétiller littéralement à la simple idée de pouvoir m’exprimer à ce propos et d’avoir, en retour, les échos de ma comparse qui donneraient lieu à d’intéressants échanges…

Me voilà, toute fière, un peu comme une écolière au moment de présenter son plus beau dessin à son professeur, arborant le magnifique panneau jusqu’à ce que… patatra! La seule réplique que j’entendis alors fut : “Ah oui, ça me rappelle ce que j’ai fait la semaine passée, je… blablablablabla”… s’ensuivit un monologue ardent sur SON vision board… reléguant le mien aux oubliettes…

Cette situation te rappelle quelque chose?

T’est-il déjà arrivé de parler avec quelqu’un et de sentir que la moindre parole que tu prononces est prétexte à le faire rebondir sur une anecdote qui lui est propre? N’as-tu jamais été en présence d’une personne qui “tient le crachoir”, ne te posant jamais une seule question et devant laquelle tu te contentes d’acquiescer voire d’émettre quelques bruits laconiques pour lui montrer que tu “suis”?

Alors, loin de moi l’idée de diaboliser ces “méchants autres”… mais je nous invite à nous servir de ce que nous pouvons ressentir dans ces moments-là pour faire retour sur nous-mêmes et nous interroger sur deux aspects.

D’abord :

  1. J’identifie que je ressens une sensation désagréable.
  2. Je peux la localiser dans mon corps et nommer la ou les émotions que j’éprouve.

    –> Douleur dans mon bras gauche – émotion : tristesse et déception

  3. Je précise le ou les besoins non nourris qui donnent naissance à cette sensation désagréable.

    –> Besoins d’expression de soi, de reconnaissance et de communication

  4. Je peux aller plus loin en écoutant la part de moi qui s’exprime dans ma tête à ce moment-là et prendre conscience de la croyance voire de la blessure qui se cache derrière ses mots.

    –> Je suis si peu intéressante qu’elle nie ce que j’ai envie de partager. Je ne suis même pas capable de prendre ma place et du coup, elle prend toute la place (sous-entendu, je lui laisse prendre toute la place) etc.

  5. Je peux choisir d’exprimer à l’autre ce que je ressens et formuler une demande à laquelle il a la liberté de répondre.

      –> Quand je t’entends dire “Ah oui, ça me rappelle ce que j’ai fait la semaine passée, je…” , je me sens triste parce que mon besoin d’expression, de reconnaissance et de communication ne sont pas nourris. Est-ce envisageable pour toi que nous puissions dialoguer quelques minutes autour de mon vision board? J’aimerais te partager ce que j’ai ressenti en le réalisant et, si tu en as envie, tu pourrais me donner ton opinion à ce sujet? etc. Cette version est un peu formelle, mais elle vous permet de cerner l’idée.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid…

Avec l’habitude, ce processus peut s’effectuer très rapidement, quasiment en direct, au moment où l’événement apparaît. Si tu débutes dans ce type de démarche, commence par te sentir conscient, par « allumer ta caméra » comme dit Jean-Jacques Crèvecoeur, pour être témoin du fait que « ah oui, là, quand il me dit ça, je ne me sens pas ok. Ma gorge me serre et je me sens à la fois triste et en colère » par exemple. C’est un excellent début. Fais-le jusqu’à ce que cela devienne comme un réflexe. Cette attitude va te permettre de prendre du recul par rapport aux événements, petits ou grands, auxquels tu es confronté au quotidien et à donc éviter d’entrer dans une spirale aspirante vers plus d’émotions désagréables.

Si cela n’est pas possible pour toi de prendre soin de ton émotion tout de suite, tu peux « dire » à la part de toi qui est en colère que tu ne l’oublies pas et que tu reviendras t’occuper d’elle un peu plus tard. Tu sentiras un certain relâchement. Et puis, parfois, les circonstances font qu’il ne nous est pas possible du tout d’être conscient. Ce n’est pas grave, nous sommes tendrement humains. Ce qui est par contre essentiel à mes yeux, c’est de, une fois le « pétage de plombs » passés, pouvoir revenir en soi écouter et accueillir ce qui a ainsi « disjoncté » en nous.

Le deuxième questionnement auquel je nous invite est le suivant :

« M’arrive-t-il, moi aussi, de ne pas être réellement et pleinement présent à l’autre? »

« Dans le feu de l’enthousiasme, n’ai-je pas tendance à parler plus que nécessaire, oubliant de m’assurer que mon interlocuteur fait toujours partie d’un dialogue et que je ne suis pas en train de monologuer, le noyant sous un flot de paroles trop envahissantes? »

La communication est une véritable danse, un art sacré qu’il est des plus précieux à cultiver. Apprenons, chaque jour, à danser… Virevoltant une fois à gauche, une fois à droite, écoutant pleinement, puis parlant… en veillant, chacun,  à cette harmonie et cet équilibre qui font des échanges humains, de véritables cadeaux…

Au plaisir de te lire…